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Mémoire

La Libération commémorée en gare cet été

Le 80e anniversaire des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire sera célébré en France en 2024 et 2025. La SNCF est mécène de la Mission Libération, chargée par le gouvernement d’organiser ce cycle commémoratif, et a souhaité s’y associer en proposant plusieurs événements. Ainsi, voyageurs et visiteurs pourront découvrir dès […]

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Le 80e anniversaire des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire sera célébré en France en 2024 et 2025. La SNCF est mécène de la Mission Libération, chargée par le gouvernement d’organiser ce cycle commémoratif, et a souhaité s’y associer en proposant plusieurs événements. Ainsi, voyageurs et visiteurs pourront découvrir dès le mois de juin 2024 en gares de Paris Montparnasse, de Caen et de Bayeux plusieurs expositions.

Le programme des commémorations de l’année 2024 comprend les deux débarquements de Normandie et de Provence, les libérations de Paris et de Strasbourg, l’engagement de la Résistance française dans les combats, ainsi que la Reconstruction de la France et son retour dans le concert des Nations. Aux côtés de la Mission Libération, la SNCF s’engage auprès des vétérans et de la jeunesse avec la double responsabilité d’honorer et de transmettre la mémoire de ces événements.

Engagée depuis plus de trente ans dans un travail de mémoire, la SNCF souhaite apporter sa contribution à la transmission et à l’enseignement de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale aux nouvelles générations, en ouvrant ses archives, qui sont en ligne depuis 2012, en soutenant la recherche historique, en transmettant la mémoire des victimes de la Shoah et de la répression menée par les nazis et le gouvernement de Vichy et en honorant celle des cheminots résistants. C’est pourquoi l’entreprise s’engage tout au long du cycle commémoratif et s’attache particulièrement en 2024 à rendre hommage à l’engagement des cheminots au sein de la Résistance et à leur participation aux combats de la Libération.

Du 15 mai au 30 août, la gare de Paris Montparnasse présente deux expositions dans le hall 2 Pasteur. « 1944-2024 : 80 ans de la Libération de Paris » est le fruit d’un partenariat entre SNCF Gares & Connexions et le musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin, (Paris-Musées). Une belle occasion de retracer et de redécouvrir les grands jalons de cet événement historique qui marque encore aujourd’hui les mémoires et les imaginaires.

Une deuxième exposition, « Cheminots dans la Résistance », met en lumière les modes d’action des cheminots et cheminotes confrontés à la guerre puis à l’occupation sous la double tutelle de l’occupant et de Vichy jusqu’à la Libération. Bénéficiant d’une plus grande liberté de circulation que le reste de la population et d’un poste d’observation exceptionnel qui leur permettait de récolter des renseignements essentiels, à une époque où le chemin de fer représente plus que jamais un enjeu stratégique crucial, et, certains ont fait le choix de résister et l’ont souvent payé de leur vie.

La gare de Caen et la gare de Bayeux accueilleront quant à elles les participants aux commémorations internationales du 6 juin avec une exposition mémorielle sur le 80e anniversaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie.

Gare de Caen – Robert Delassalle

La SNCF ouvre également du 26 mai au 6 juillet une exposition à son siège de Saint-Denis. Revenant sur l’image contrastée, et finalement mal connue, des cheminots pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle s’attachera à retracer la vie quotidienne et la vie au travail des agents de la SNCF et de leurs familles, préoccupés par le ravitaillement, surveillés par les cheminots allemands, et exposés particulièrement aux bombardements. Partant de la création de la SNCF et de la Drôle de Guerre pour évoquer les combats de 1940 et l’Exode, l’exposition fera un gros plan sur la Libération : la mise en application du plan de sabotages des voies élaboré par la France libre, la participation des cheminots aux combats, le prix payé lors des massacres du printemps et de l’été 1944 puis la reconstruction. Enfin, elle évoquera la construction des mémoires de la guerre, édifiées sur la figure d’une entreprise SNCF unanimement résistante, auxquelles a succédé le travail de mémoire de l’entreprise qui fait une large place à la recherche scientifique, en particulier à l’étude des parcours des individus, et à la mémoire de la Shoah. De nombreux témoignages enregistrés et une importante documentation, rassemblés par Rails & Histoire (l’association pour l’histoire des chemins de fer), ainsi que des documents des archives de l’entreprise permettent à chacun de se rapprocher des cheminots des années 1940.

L’essentiel :

  • « 1944-2024 : 80 ans de la Libération de Paris » ; « Cheminots dans la Résistance » ; Gare Paris-Montparnasse, Hall 2 Pasteur ; 15 mai – 30 août 2024.
  • Gare de Caen ; Gare de Bayeux : mai – juin 2024
  • “La vie quotidienne des cheminots” ; Siège SNCF, Campus Etoiles, 2 place aux Etoiles, 93200 Saint-Denis ; 26 mai – 6 juillet 2024. Vous pouvez dès à présent, écouter les témoignages enregistrés de plusieurs dizaines de cheminotes et cheminots sur leur vie quotidienne et leurs engagements pendant la guerre.

 

Pour découvrir le parcours d’une assistante sociale à la SNCF pendant la Deuxième Guerre Mondiale, vous pouvez également lire notre article sur Madeleine Verly.

Pour en savoir plus sur les cheminots résistants de Nantes, c’est par ici.

 

Mémoire

En Normandie, coup d’envoi des commémorations des 80 ans du Débarquement

Le cycle de commémorations des 80 ans des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire s’est ouvert en Normandie ce mercredi 5 juin 2024, à la gare de Saint-Lô, la « capitale des ruines » comme la surnomme le dramaturge anglais Samuel Beckett depuis son poste d’intendant de la Croix Rouge […]

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Le cycle de commémorations des 80 ans des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire s’est ouvert en Normandie ce mercredi 5 juin 2024, à la gare de Saint-Lô, la « capitale des ruines » comme la surnomme le dramaturge anglais Samuel Beckett depuis son poste d’intendant de la Croix Rouge en charge de l’hôpital de fortune local. Un hommage national a été rendu aux victimes civiles dans le haras national de la ville.

Gare et ville de Saint-Lô détruite / Fonds d’archives de Normandie / National Archives USA

Cible prioritaire de l’aviation alliée, la gare de Saint-Lô est bombardée dès le 6 juin 1944, tout comme la centrale électrique et le centre de télécommunications de la ville. Celle-ci est ensuite entièrement détruite par les Alliés : la première vague d’avions, américaine, arrive à 20 h 05, suivie de la Royal Air Force britannique à 22 h. Le bombardement dure jusqu’à deux heures du matin. Les habitants quittent la ville rasée à 95 % jusqu’à l’arrivée de troupes américaines le 18 juillet.

Des employés de la SNCF et leurs familles font partie des quelques 450 victimes de cette nuit-là. D’autres sont victimes des combats qui suivent. A la gare de Saint-Lô, on trouve inscrits les noms de Jean-Baptiste Douesnard, chef de canton tué chez lui par le bombardement, dont le corps n’a jamais été retrouvé ; du cantonnier Marcel Le Meulais, tué le 7 juin par des éclats de bombes aux abords d’un passage à niveau ; d’Émile Legrand, chef d’une équipe de manutention à la gare, tué le 10 août par des tirs d’artillerie.

Saint-Lô, en tant que chef-lieu, est surtout le siège de la prison et du tribunal allemand. Les cheminots résistants de Coutances, de Cherbourg, d’Orval-Hyenville et de Mézidon-Canon y sont emprisonnés et jugés avant d’être exécutés à Saint-Lô ou déportés vers les camps de concentration du Reich. Cette prison est également bombardée, ce qui entraîne la mort de beaucoup des 75 internés. Le résistant Jean Vauzelle parvient à tromper ce destin tragique et profite du bombardement pour s’enfuir mais il meurt à l’été 1944 dans l’armée de libération.

Les victimes cheminotes de tout le département de la Manche figurent sur le monument départemental à Saint-Lô.

On y honore la mémoire d’Alexandre Avoyne et ses filles, Félix Bouffay, Louis Barbey, Fernand Charpentier, Philibert Daireaux, Yves Duboscq, Léon Theil, Pierre Tirel, Joseph Scelles et Edmond Coolzaët. Ces dix cheminots résistants dans le mouvement de Résistance communiste Front national sont arrêtés en juillet 1942 par les forces d’occupation, pour avoir distribué des tracts et collecté des renseignements sur le trafic ferroviaire allemand. Cinq d’entre eux sont condamnés à mort et exécutés à Saint-Lô, trois meurent en déportation. Seuls Joseph Scelles et Edmond Coolzaët en sont revenus.

Stéphane Contesse du même groupe est condamné et déporté peu après pour avoir tenté de porter secours à ces internés et meurt en déportation.

Deux autres résistants cheminots ont été exécutés en 1943 à Saint-Lô ou sont morts en déportation :
Robert Colléatte, né le 8 octobre 1911 à Amiens (Somme), condamné à mort et fusillé le 20 septembre 1943 à Saint-Lô ; Jean Houyvet, cheminot de Cherbourg, déporté et mort en déportation le 23 mars 1943 à Sachsenhausen en Allemagne.

Trois autres cheminots ont été exécutés ou déportés et sont morts en déportation pour des motifs divers : Léon Raynel, Paul Robillard, Francis Sylvestre.

Mémoire

SEMARD Pierre

Né le 15 février 1887 à Bragny-sur-Saône (Saône-et-Loire) Fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Évreux (Eure). Fils d’un cantonnier et d’une garde-barrière du réseau PLM, Pierre Semard passe son enfance en Bourgogne. Après son certificat d’études primaires, il travaille chez un notaire avant de chercher un métier à Paris. Un temps apprenti charcutier, […]

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SEMARD Pierre

Né le 15 février 1887 à Bragny-sur-Saône (Saône-et-Loire)
Fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Évreux (Eure).

Fils d’un cantonnier et d’une garde-barrière du réseau PLM, Pierre Semard passe son enfance en Bourgogne. Après son certificat d’études primaires, il travaille chez un notaire avant de chercher un métier à Paris. Un temps apprenti charcutier, il prend sa première carte syndicale à la fédération CGT de l’alimentation. En 1907, il devance l’appel et s’engage pour trois ans. En résidence à Valence (Drôme), il s’y marie avec la fille d’un marchand de primeurs.

Revenu à la vie civile, il passe un examen pour entrer au PLM comme facteur aux écritures [employé commercial] puis, après avoir occupé divers postes (Montélimar et Bagnols-sur-Cèze), il entre au secrétariat du chef de gare. Il éprouve des difficultés à se faire admettre au syndicat, ses fonctions incitant ses camarades à la méfiance.

Lors de la Première Guerre mondiale, père de trois enfants, il est mobilisé sur place à Valence. Son engagement syndical lui vaut d’être écarté du secrétariat du chef de gare pour être muté au service des trains. Délégué au premier congrès de l’Union des syndicats du PLM à Avignon (5-6 mai 1917), ses talents d’orateur ne passent pas inaperçus. Très actif sur le plan interprofessionnel au sein de l’Union CGT Drôme-Ardèche, il en devient rapidement le premier responsable. En 1916, après la conférence de Kienthal organisée par les opposants à la guerre, il adhère au Parti socialiste. Mobilisé fin 1918, envoyé en Belgique, il revient très vite à Valence. Sa femme, atteinte de la grippe espagnole, meurt le 3 mars 1919, le laissant veuf avec trois enfants à charge. Une forte solidarité l’entoure, lui permettant de poursuivre ses activités militantes.

Militant affirmé de la CGT, Pierre Semard devient en 1920 l’un des principaux dirigeants nationaux de la Fédération nationale des cheminots. En février, il anime en compagnie de Lucien Midol la grève sur le réseau PLM. Révoqué le 8 mai 1920, il se remarie en juin avec Juliette Contier, employée au télégraphe en gare de Valence, elle-même révoquée. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il devient gérant de la coopérative des cheminots.

Mais bien vite, l’activité syndicale l’accapare et l’amène à Paris l’année suivante. La scission au sein de la CGT étant en marche, Pierre Semard regroupe des révolutionnaires qui constituent la CGTU. Il en est l’un des principaux animateurs parmi les cheminots, mais prend par la suite également des responsabilités confédérales, l’un des rares membres de la commission exécutive à le rester durant quinze ans, de 1921 à 1936, date de la réunification. Il représente la CGTU à la conférence d’Essen en Allemagne, pour tenter d’empêcher la réoccupation de la Ruhr. À son retour, il est arrêté et fait son premier séjour à la prison de la Santé du 10 janvier au 7 mai 1923.

Ayant choisi le Parti communiste au congrès de Tours, il reste néanmoins attaché à l’autonomie syndicale. Avec Gaston Monmousseau, il rencontre Lénine en novembre 1922 et obtient que cette autonomie soit reconnue par ce dernier. La direction du PCF étant peu ouverte aux militants d’origine ouvrière, c’est l’Internationale communiste qui en fait, par sa volonté, le secrétaire général du PC le 11 août 1924. Il faut attendre le congrès de Lyon en juin 1926 pour que son autorité s’affirme. Opposé à la guerre du Rif, il fait un nouveau séjour à la Santé pendant le second semestre de 1927, puis est libéré le 8 janvier 1928.

À la suppression du poste de secrétaire général du PC en septembre 1928, Pierre Semard reprend des activités au sein de la Fédération des cheminots CGTU, dès l’automne 1933. Il reste membre du bureau politique du PCF et, en mai 1935, il est élu conseiller général de Drancy ; il l’est jusqu’en 1939. Le 26 juin 1934, après le congrès, il redevient secrétaire général de la Fédération CGTU. Il s’implique fortement dans la marche vers l’unité, qui est réalisée le 10 décembre 1935, Pierre Semard devenant secrétaire dans une direction paritaire. Le congrès de 1938 rétablit la fonction de secrétaire général, qui sera alors occupée par Jean Jarrigion pour l’ex-CGT et Semard pour l’ex-CGTU.

Très présent dans les débats sur la création de la SNCF et les questions de politique des transports, il devient l’un des quatre membres du conseil d’administration de la SNCF au titre de la représentation des cheminots, le seul de l’ex-tendance unitaire. Se considérant comme le mandataire des syndiqués, il y intervient toujours de manière précise et documentée dans le but d’y présenter des propositions allant dans le sens de la modernisation et de la démocratisation de la nouvelle entreprise. Il préconise ainsi que la SNCF rompe avec les anciens réseaux et adopte une organisation en grandes régions. La grève du 30 novembre 1938 est lourde de conséquences. Pour avoir signé les tracts appelant à la grève, les deux secrétaires généraux membres du conseil d’administration, Jarrigion et Semard, sont démis de cette instance. Traduit devant le conseil de discipline, Pierre Semard est rétrogradé à son emploi de début, facteur aux écritures, et muté à Loches (Indre-et-Loire).

Les divisions latentes s’exacerbent au sein de la direction fédérale, où les deux tendances s’affrontent au sujet du pacte germano-soviétique. Ceux qui le soutiennent sont exclus le 25 septembre 1939 des instances de direction. Pierre Semard, qui juge antistatutaire cette mesure, demande au trésorier Tournemaine de bloquer en banque les cotisations des adhérents. L’autre secrétaire général, Jarrigion, dépose alors plainte pour détournement de fonds. Arrêté le 20 octobre 1939, Pierre Semard se retrouve une nouvelle fois à la Santé. Il comparaît, ainsi que Tournemaine, le 6 avril 1940 devant le Tribunal militaire. Dès le début du procès, la plainte pour détournement de fonds tombe d’elle-même ; reste l’infraction au décret du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution du PCF. À ce titre, ils sont l’un et l’autre condamnés à trois ans de prison.

Le 9 mai 1940, Pierre Semard est révoqué une seconde fois de la SNCF et transféré à la prison de Fresnes. Onze jours plus tard, il est évacué à Bourges où il est incarcéré pendant près de dix-huit mois. Sa femme Juliette est arrêtée en aout 1941 et sa fille Yvette début 1942. Il écrit beaucoup en prison, des contes, un roman antiraciste, et reprend l’écriture de son Histoire de la fédération des cheminots arrêtée en 1934. Au début de l’année 1942, il est transféré au camp d’internement de Gaillon puis conduit, le 6 mars, à la prison d’Évreux, où il est fusillé comme otage le lendemain par les autorités allemandes.

Sa mort provoque un énorme choc dans la corporation. Une lettre en direction des cheminots renforce l’engagement de ceux-ci dans la lutte contre l’occupant nazi. Après la Libération, à Paris, la rue Baudin où était le siège de la Fédération des cheminots CGT prend le nom de Pierre-Semard. Ce nom est ensuite souvent repris et l’est encore aujourd’hui pour de nombreuses rues et places, notamment à proximité des gares.

Pierre Vincent

Photo : Institut d’histoire sociale CGT Cheminots.

Sources ; SNCF, dossier archives du personnel, Béziers ; Service historique de la défense, DAVCC, dossier statut ; IHS CGT Cheminots ; Rail et mémoire ; Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

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PIRON Pierre

Né le 4 avril 1914 à Nantes (Loire-Inférieure) Mort en déportation le 8 juillet 1944 à Mauthausen (Autriche). Le 6 avril 1935, Pierre (Baptiste, Henri) Piron épouse Élisabeth Chedorge. Ils auront huit enfants : Pierre (né en 1933), Renée (1934), Michel (1936), Guy (1937), Monique (1939), Serge (1940), Ginette (1942, décédée en 1944) et Simone […]

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PIRON Pierre

Né le 4 avril 1914 à Nantes (Loire-Inférieure)
Mort en déportation le 8 juillet 1944 à Mauthausen (Autriche).

Le 6 avril 1935, Pierre (Baptiste, Henri) Piron épouse Élisabeth Chedorge. Ils auront huit enfants : Pierre (né en 1933), Renée (1934), Michel (1936), Guy (1937), Monique (1939), Serge (1940), Ginette (1942, décédée en 1944) et Simone (1944). De la classe 1934, bureau de recrutement de Nantes, Pierre Piron part quelques jours après son mariage effectuer son service militaire au 355e régiment d’artillerie légère parachutiste, où il est brigadier du 24 avril 1935 au 13 octobre 1936. Charpentier, titulaire du certificat d’études primaires, il entre à la Compagnie du Paris-Orléans le 21 juin 1937 comme homme d’équipe à l’essai à Nantes. Il est affilié un an plus tard à la caisse de retraite et définitivement embauché. Le 1er janvier 1941, il passe homme d’équipe de manœuvres à Nantes-Blottereau.

Domicilié rue de la Petite-Roche à Nantes-Chantenay, voie située en face des rails, il se lie d’amitié avec ses voisins : Marguerite Braud et son fils Alphonse, instituteur communiste bien connu dans le quartier. La famille Piron, qui s’agrandit, déménage et s’installe à quelques pas de là au Doulon dans une grande bâtisse qu’ils surnomment « Le Manoir ». La taille et l’isolement du bâtiment permettent de recueillir des aviateurs alliés et des républicains espagnols qui se réfugient dans les wagons à proximité. Le 23 juin 1941, Alphonse Braud est arrêté. Il sera déporté dans le convoi parti de Compiègne le 6 juillet 1942 et mourra le 17 septembre à Auschwitz. À l’été 1943, Marguerite, surnommée « tante Margot » par les enfants de Pierre Piron, fait entrer celui-ci au Front national, organisation communiste

Agent du secteur Blottereau-Doulon, Pierre, avec l’aide d’Élisabeth, distribue des tracts, loge des militants clandestins où illégaux et participe à certains sabotages. Mais lorsqu’Élisabeth découvre deux pistolets cachés dans la buanderie sous une pile de linge, elle lui signifie qu’elle se refuse à cacher des armes à son domicile. Suite aux bombardements alliés à Nantes les 16 et 23 septembre 1943 qui ont provoqué d’importants dégâts, comme beaucoup de Nantais la famille Piron franchit la Loire et part se réfugier chez une grand-mère à La Rousselière-Vertou.

C’est là que Pierre est arrêté le 3 mars 1944, pour détention et distribution de tracts du Front national. Le même jour, son collègue à la SNCF Sylvain Jamet est également arrêté. Interné à la prison Lafayette de Nantes, Pierre Piron est ensuite envoyé à Compiègne-Royallieu (n° 28853). Déporté à Mauthausen avec Sylvain Jamet et près de 1 500 détenus le 6 avril, il y reçoit le matricule 62980. Il est rapidement envoyé à Melk le 24 avril 1944, toujours en compagnie de son camarade. Ce site avait été choisi au début de l’année 1944 pour accueillir un nouveau camp dans la caserne von Birago, en raison notamment de son sous-sol qui est à l’origine du nom de code du projet auquel travaillent les détenus : le projet Quarz. Pierre Piron y est affecté à un poste de manœuvre (Hilfsarbeiter).

Le 8 juillet, vers 11 heures du matin, la 15e flotte aérienne américaine, ignorant la reconversion en lieu de détention du bâtiment militaire, bombarde violemment le camp de Melk. Les pertes sont très lourdes : 200 victimes immédiates et au moins autant de blessés sérieux, qui sont pour beaucoup ramenés le jour même au camp central, Melk ne disposant pas d’infirmerie. Le cheminot retourne donc à Mauthausen, mais ne survit pas à ses blessures et meurt au Revier [infirmerie] le 12 juillet 1944.

« Mort pour la France », Pierre Piron a obtenu le titre de Déporté résistant le 29 janvier 1954. Son nom figure sur la plaque de la gare de Nantes et sur celle de la gare de triage de Nantes-Blottereau.

Adeline Lee

Photo : Pierre Piron. Archives familiales. Association Rail et Mémoire.

Sources : SNCF, 118 LM 108/1 ; SNCF, MIC 2001/7319 ; SHD DAVCC, 21 P 526150, LA 16998, 11698, MA 11/4, 16/2, 17/2, 40/3, 41/4, 11/4, 26 P 1132 (registre matriculaire original du camp de Mauthausen) ; AD Loire-Atlantique, 1694 W 14, 27 J 50 (fonds Pierre Piron, son fils) ; RM (informations de Carlos Fernandez) ; CGC ; FMD ; DBMOF

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

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PERRIGOT Victor

Né le 24 novembre 1893 à Conquereuil (Loire-Inférieure) Mort en déportation le 23 février 1944 à Dora (Allemagne). Victor (Jean, Marie) Perrigot est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale, mobilisé le 20 novembre 1913. Libéré de ses obligations militaires le 23 février 1919 après avoir été trépané, il est décoré de la Médaille […]

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PERRIGOT Victor

Né le 24 novembre 1893 à Conquereuil (Loire-Inférieure)
Mort en déportation le 23 février 1944 à Dora (Allemagne).

Victor (Jean, Marie) Perrigot est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale, mobilisé le 20 novembre 1913. Libéré de ses obligations militaires le 23 février 1919 après avoir été trépané, il est décoré de la Médaille militaire avec une citation pour avoir été blessé à quatre reprises. Dès son retour à Nantes (Loire-Inférieure), il entre aux Chemins de fer de l’État le 25 février 1919. Le 20 septembre 1920, il épouse à Saint-Patrice Jeanne Lepage, avec laquelle il aura une fille, Marie-Jeanne, née le 9 mars 1922. Le couple s’installe à Nantes, 9 avenue de la Béraudière.

En 1943, il est garde SNCF au passage à niveau de la gare de la Bourse à Nantes. Membre actif du parti communiste, responsable de la cellule des cheminots, il est arrêté le 28 juillet à son domicile par la police française, les renseignements généraux d’Angers. Au cours de son interrogatoire, il reconnaît avoir organisé des collectes pour venir en aide aux familles des fusillés et des internés. Affilié au Front national (organisation communiste) depuis février 1942, il s’occupe aussi de la propagande et de la distribution des tracts et journaux clandestins.Dans la même affaire est également arrêté le cheminot Pierre Launay, mais celui-ci réussira à s’évader en sautant du train dirigé vers les camps.

Le 3 août, à son arrivée à la prison Lafayette de Nantes, Victor Perrigot est pris en charge par les Allemands. Le 13 septembre, il est envoyé au camp de Compiègne, où il est enregistré sous le n° 18627. Les interventions de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer où du préfet de la Loire-Inférieure auprès des autorités allemandes arguant de son état de santé ne changeront rien à son destin.

Victor Perrigot est déporté le 28 octobre 1943 vers Buchenwald, où il arrive deux jours plus tard avec près d’un millier d’hommes. Il se déclare cheminot et devient le matricule 30501. Au terme de la période de quarantaine passée au « petit camp », il est désigné pour le terrible Kommando de Dora. Dès le 20 novembre 1943, il entre dans le tunnel où doit être montée l’usine d’assemblage des futures fusées A4-V2. Sa santé ne résiste pas aux conditions de détention et au travail forcé dans les tunnels de la Mittelwerk. Atteint de dysenterie et d’un œdème, Victor Perrigot est envoyé au Revier de Dora [infirmerie] le 12 février 1944. Il y meurt le 23 février vers 4 h 15.

Laurent Thiery

Photo : Victor Perrigot. Service historique de la Défense, division des Archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC).

Sources : SNCF, 118 LM 120/11 ; SNCF, 118 LM 108/1 ; SNCF, 025 LM 259/1 ; SHD DAVCC, 21 P 524531, BU 7/2, 9/7, 32/6 ; La Coupole ; RM (informations de Carlos Fernandez) ; CGC ; FMD.

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

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MASSUYEAU Marcel

Né le 26 novembre 1892 à Fontenay-le-Comte (Vendée) Mort en déportation le 26 octobre 1944 à Hersbruck (Allemagne). Marcel (Georges, Ernest) Massuyeau est le fils du chef de la gare de Beillant, sur la ligne de Chartres à Bordeaux, en Charente-Inférieure. Il entre aux Chemins de fer de l’État le 10 avril 1911 comme élève […]

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MASSUYEAU Marcel

Né le 26 novembre 1892 à Fontenay-le-Comte (Vendée)
Mort en déportation le 26 octobre 1944 à Hersbruck (Allemagne).

Marcel (Georges, Ernest) Massuyeau est le fils du chef de la gare de Beillant, sur la ligne de Chartres à Bordeaux, en Charente-Inférieure. Il entre aux Chemins de fer de l’État le 10 avril 1911 comme élève piqueur à l’essai à Bécon-les-Bruyères au service de la Voie. Mobilisé, il combat pendant toute la Première Guerre mondiale. À son retour, il se marie avec Alice Reval le 12 février 1919. Le couple aura deux filles, Colette et Monique. Il reprend son service le 17 avril 1919 à Mantes, avant d’être muté à Vernon (Eure) comme piqueur à la Voie. Il est révoqué suite aux grèves de 1920 mais réintégré, par décision du 24 juillet 1924, dans le même emploi mais cette fois-ci à Paris-Montparnasse. Il gravit les échelons et devient chef de district de 1re classe à Vimoutiers, Mesnil-Mauger de 1927 à 1930, Saint-Jean-d’Angély de 1930 à 1933 et Parthenay de 1933 à 1935. Le 15 mars 1935, il est muté à Sainte-Pazanne en Loire-Inférieure.

Ce patriote choisit de résister. En mai 1943, il rejoint le réseau Cohors-Asturies sous le pseudonyme de « Le Moineau ». Grâce à son emploi, il fournit de précieux renseignements et facilite des passages pour des aviateurs alliés. Il s’emploie à couvrir toute la zone géographique de la Basse-Loire.

Mais, à partir de janvier 1944, les services allemands commencent à frapper le réseau. La Sipo-SD [Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst, police de sûreté et service de sûreté] appréhende Marcel Massuyeau dans son bureau à Sainte-Pazanne, le 20 mai 1944. Il est emmené et interné à la prison Lafayette à Nantes. Placé en détention de sécurité, il est transféré à Compiègne-Royallieu (n° 40336), préalablement à sa déportation le 18 juin au camp de concentration de Dachau (matricule 72766).

Dès la fin de la quarantaine, il est envoyé au travail forcé à Flossenbürg et dans son terrible Kommando d’Hersbruck, près de Nuremberg, où les détenus doivent déblayer des roches pour aménager des galeries souterraines. Il y meurt le 26 octobre 1944.

Décoré de la Croix de guerre, médaillé de la Résistance, Marcel Massuyeau a obtenu la mention « Mort pour la France » en juillet 1948 et le titre de Déporté résistant en avril 1964. Son épouse s’est vu délivrer deux attestations de reconnaissance : l’une signée par le général Eisenhower et l’autre par le gouvernement britannique. Quant à la SNCF, elle rappelle sa mémoire aux gares de Sainte-Pazanne, où une plaque lui est consacrée, et de Nantes. Son frère Paul Massuyeau participa activement aux combats de la libération de Paris.

Stéphane Simonnet, Hervé Barthélémy

Photo : Marcel Massuyeau. Service historique de la Défense, division des Archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC).

Sources : SNCF, 118 LM 108/1 ; SNCF, 2008/024/ÉTAT/1029/8 ; SHD DAVCC, 21 P 514083 ; AD Loire-Atlantique, 1694 W 14, 1 J 1004 ; RM (informations de Carlos Fernandez) ; CGC ; FMD

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

Mémoire

MANO Marcel

Né le 5 décembre 1919 à Villegouge (Gironde) Disparu en déportation le 13 mars 1945, probablement à Mauthausen (Autriche). Fils du cheminot François Mano et de Jeanne Casenove, après avoir été employé à la Compagnie de Saint-Gobain, Marcel (Jean) Mano entre au chemin de fer comme auxiliaire à Chantenay (Loire-Inférieure). Lorsque survient le second conflit […]

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MANO Marcel

Né le 5 décembre 1919 à Villegouge (Gironde)
Disparu en déportation le 13 mars 1945, probablement à Mauthausen (Autriche).

Fils du cheminot François Mano et de Jeanne Casenove, après avoir été employé à la Compagnie de Saint-Gobain, Marcel (Jean) Mano entre au chemin de fer comme auxiliaire à Chantenay (Loire-Inférieure). Lorsque survient le second conflit mondial, il réside rue du Petit-Joseph, à Nantes.

Rapidement, il s’engage avec ses frères, René et Raoul, dans l’organisation de résistance communiste Front national. À l’été 1942, les actions de plusieurs groupes s’enchaînent. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 1942, un nombre considérable de feuilles et de cartes d’alimentation sont dérobées à la mairie de Saint-Sébastien-sur-Loire.

Le préfet de Loire-Inférieure prie alors Charles Detmar, chef du SPAC [le service de police anticommuniste], d’envoyer à Nantes le commissaire Lafouge pour mener l’enquête. Le service décide d’opérer des perquisitions chez des membres des Jeunesses communistes de Nantes susceptibles d’être encore en activité. Ils tombent ainsi le 31 juillet 1942 sur René Hénaff, un résistant du réseau Nantes-Nord qui est obligé de donner le nom de Marcel Mano comme étant un des destinataires des sommes d’argent récoltées et comme celui qui lui fournissait les tracts à diffuser.

À la suite de ces révélations, celui-ci est arrêté le jour même à son domicile par le SPAC d’Angers. Ses frères, Raoul et René, sont également interpellés. Les militants tombent les uns après les autres, au point que, le 25 août 1942, devant « l’extension des opérations », le commissaire Lafouge demande des renforts. Le 8 août, le juge d’instruction Le Bras délivre un mandat de dépôt contre Marcel Mano. D’abord interné à la prison Lafayette de Nantes, il passe ensuite par celle d’Angers le 21 août, puis revient à Nantes le 9 novembre avant d’être incarcéré le 10 février 1943 à la maison d’arrêt de Vitré (Ille-et-Vilaine) en vue de son procès qui doit s’ouvrir le lendemain.

Le 11 février, ils sont 21 à être extraits de leurs cellules pour comparaître devant la section spéciale de la cour d’appel de Rennes pour « activité communiste ». Le tribunal prononce deux relaxes et des peines allant d’un an de prison à sept ans de travaux forcés. Si Raoul Mano est condamné à un an de prison et 1 200 F d’amende, Marcel et René le sont à deux années de plus. Le chef du secteur nord de Nantes, Marcel Thomazeau, est condamné à sept ans de travaux forcés. Transféré à la maison centrale de Fontevrault (n° d’écrou 6589) le 17 septembre 1943, Marcel Mano est ensuite envoyé avec 139 camarades à la nouvelle prison de Blois (n° 84), qui est destinée à regrouper les prévenus condamnés pour des faits en lien avec l’activité terroriste et communiste afin de faciliter leur surveillance.

Le 18 février 1944, il est livré aux Allemands avec l’ensemble des détenus communistes de Blois et envoyé à Compiègne-Royallieu (n° 27888). Le 22 mars 1944, il est déporté à Mauthausen avec plus de 1 200 hommes, parmi lesquels se trouvent ses compagnons de résistance et de détention, mais aussi son frère René, alors que Raoul était parti le 16 septembre 1943 pour Buchenwald. Il arrive au camp après trois jours de voyage dans un wagon de marchandises et reçoit le matricule 60229. Enregistré comme menuisier (Tischler), il est employé comme tel au Kommando de Gusen, qu’il rejoint le 28 avril 1944 dans un convoi de 300 détenus destinés à travailler au projet Esche II, nom de code dissimulant une production d’armements à Gusen II. Très affaibli, il est admis à plusieurs reprises au Revier [infirmerie], entre le 9 septembre 1944 et le 13 mars 1945, date à laquelle il est reconduit à Mauthausen, où il entre immédiatement à l’infirmerie.

Joseph Lebreton et René Mano, qui ne l’avaient pas quitté depuis Fontevrault, indiquent ne plus avoir eu de ses nouvelles après son départ de Gusen le 13 mars 1945. Il a sans doute survécu plus d’un mois à son retour au camp central, les décès de détenus ayant été scrupuleusement enregistrés jusque dans les derniers jours ayant précédé la libération du site. Il a peut-être vu arriver l’armée américaine le 5 mai 1945, mais on perd ensuite sa trace. Ses deux frères sont rentrés en France en 1945.

Reconnu « Mort pour la France », le 13 août 1964, il a obtenu le titre de Déporté résistant, qui lui avait été d’abord refusé le 22 septembre 1955. Son nom figure sur le monument de la gare de Nantes.

Adeline Lee

Photo : Marcel Mano. Photo anthropométrique. Service historique de la Défense, division des Archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC).

Sources : SHD DAVCC, 21 P 512071, LA 7113, 6808, MA 16/2, 26 P 1132 (copie du registre original du camp de Mauthausen), 26 P 2272 (Häftling Personalkarte) ; AD Loir-et-Cher, 1375 W 61, W 34, W 119, W 95 ; RM (informations de Carlos Fernandez) ; CGC ; FMD.

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

Mémoire

LAVENANT Henri

Né le 18 juin 1913 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure) Arrêté dans le Reich et mort le 20 mars 1945 au Kommando de Harzungen (Allemagne). Henri (Joseph, Marie) Lavenant est le fils des cheminots Henri Lavenant, né le 24 septembre 1886 à Pluméliau (Morbihan), et Marie Lauté, son épouse. Il entre aux Chemins de fer de l’État […]

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LAVENANT Henri

Né le 18 juin 1913 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure)
Arrêté dans le Reich et mort le 20 mars 1945 au Kommando de Harzungen (Allemagne).

Henri (Joseph, Marie) Lavenant est le fils des cheminots Henri Lavenant, né le 24 septembre 1886 à Pluméliau (Morbihan), et Marie Lauté, son épouse. Il entre aux Chemins de fer de l’État le 24 mars 1937 en qualité d’aide-ajusteur à l’essai au dépôt de Saint-Nazaire, puis devient aide-ajusteur le 24 mars 1938. Célibataire, il habite chez ses parents à Careil-Guérande (Loire-Inférieure) et travaille comme aide-ajusteur au dépôt de Savenay lorsqu’il est mobilisé comme soldat de 2e classe au 112e régiment d’artillerie lourde.

Fait prisonnier le 27 juin 1940 en Alsace, Henri Lavenant est interné au Stalag I B à Hohenstein, puis le 11 septembre 1940 au Stalag VIII C à Sagan (matricule 56213), avant de rejoindre le Kommando 759 à Neusalz-an-der-Oder. Il travaille alors comme chauffeur de locomotive pour le compte d’une usine de la ville. Au printemps 1943, à la suite d’un « sabotage » commis sur sa locomotive – il serait en réalité entré en collision avec une automobile –, la Gestapo se rend à l’usine pour l’arrêter.

Par chance, Henri Lavenant est occupé au chargement de marchandises à la gare de Neusalz et « l’homme de confiance » du Kommando le fait prévenir du danger. À son retour au camp, il lui fournit une fausse identité, celle du STO Robert Santarelli, et le conduit à Breslau où il le confie à son homologue responsable du secteur qui parvient à le faire embaucher dans un garage de la ville.

Mais Henri Lavenant y est finalement arrêté en octobre 1944 par la Gestapo, puis transféré fin janvier 1945 au camp de concentration de Gross Rosen (matricule 95323). Début février 1945, le camp est évacué vers Dora. Un mois plus tard, il est transféré à Harzungen (matricule 118212). Il trouve la mort le 20 mars 1945 à l’infirmerie de ce Kommando.

Le titre de Déporté politique lui a été attribué le 13 octobre 1964, ainsi que la mention « Mort pour la France » le 14 novembre 1946.

Arnaud Boulligny

Photo : Henri Lavenant. Service historique de la Défense, division des Archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC).

Sources : SNCF, 118 LM 001/2 ; SNCF, 2001/001/ATDIV/355/42 ;SHD DAVCC, 21 P 70845, 21 P 587576, fichier national ; RM ; CGC ; FMD.

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

Mémoire

LAIDET Étienne

Né le 25 décembre 1897 à Champ-Saint-Père (Vendée) Mort en déportation le 7 mars 1944 à Dora (Allemagne). À partir du 3 septembre 1916, Étienne (Jean, Louis) Laidet participe à la Première Guerre mondiale comme soldat de 2e classe. Il est démobilisé le 25 septembre 1919 et reçoit la Croix de guerre. Cheminot depuis le 20 […]

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LAIDET Étienne

Né le 25 décembre 1897 à Champ-Saint-Père (Vendée)
Mort en déportation le 7 mars 1944 à Dora (Allemagne).

À partir du 3 septembre 1916, Étienne (Jean, Louis) Laidet participe à la Première Guerre mondiale comme soldat de 2e classe. Il est démobilisé le 25 septembre 1919 et reçoit la Croix de guerre. Cheminot depuis le 20 octobre 1919, il occupe en 1943 la fonction de contrôleur adjoint des trains à Nantes (Loire-Inférieure). Ses compétences professionnelles sont reconnues. Marié avec Marguerite Birotheau et père d’un enfant, il est alors domicilié au 58, rue Paul-Bellamy, à Nantes.

À partir de janvier 1943, il appartient au réseau de résistance Alexandre-Buckmaster avec son fils Jean, un étudiant de 20 ans. Celui-ci est arrêté le 12 août 1943, et son père, Étienne, le 24 août, sur dénonciation pour stockage d’armes. Selon les déclarations de son épouse, Étienne Laidet a été interpellé à son domicile vers 22 h 30.

Il est interné à la prison Lafayette de Nantes du 24 août au 1er novembre 1943, puis transféré au camp de Compiègne, où il reçoit le n° 20016. Il y reste jusqu’à sa déportation à Buchenwald le 14 décembre 1943. À son arrivée deux jours plus tard, il est inscrit sous le matricule 38871. Le 22 janvier 1944, il est envoyé au Kommando de Dora où les conditions de détention et de travail sont dramatiques. Il y meurt le 7 mars 1944.

Son fils Jean reviendra de déportation à la suite de la libération de Buchenwald le 11 avril 1945. Il travaillera ensuite à la SNCF comme contrôleur principal.

Étienne Laidet est décoré de la Légion d’honneur le 5 mai 1950. Son nom est inscrit sur une plaque commémorative à la gare de Nantes.

 

Photo : Etienne Laidet. Photographie anthropométrique. Service historique de la Défense, division des Archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC).

Sources : SNCF, 118 LM 108/1 ; SHD DAVCC, 21 P 67588, BU 7/2, 21/8 ;La Coupole ; RM (informations de Carlos Fernandez) ; CGC ; FMD ; DBMOF.

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

Mémoire

JUVIN François

Né le 23 avril 1891 à Petit-Auverné (Loire-Inférieure) Mort en déportation le 8 août 1942 à Auschwitz (Pologne). François (Marie) Juvin est le fils de François Juvin et de Philomene Maillard, son épouse. Le 5 septembre 1919, il est embauché comme cantonnier à la Compagnie du Paris-Orléans. Il adhère très tôt à la section nantaise […]

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JUVIN François

Né le 23 avril 1891 à Petit-Auverné (Loire-Inférieure)
Mort en déportation le 8 août 1942 à Auschwitz (Pologne).

François (Marie) Juvin est le fils de François Juvin et de Philomene Maillard, son épouse. Le 5 septembre 1919, il est embauché comme cantonnier à la Compagnie du Paris-Orléans. Il adhère très tôt à la section nantaise du parti communiste et, dès 1921, au comité syndicaliste révolutionnaire. Il est candidat communiste aux élections municipales de mai 1925 sur la liste Bloc ouvrier et paysan, trésorier de L’Étoile prolétarienne en 1930. En octobre 1934, il est candidat communiste au conseil d’arrondissement dans le 2e canton de Nantes. Lors des élections cantonales d’octobre 1937, le parti communiste le présente comme candidat au conseil général dans la circonscription de Nozay. À partir de 1931 et jusqu’à son arrestation, François Juvin est domicilié avec son épouse Marguerite Nicolas au Val-d’Or, commune d’Orvault, limitrophe de Nantes. À la suite d’une blessure, il devient garde-barrière.

Il est arrêté le 23 juin 1941 lors de l’Aktion Theodorich lancée par la Sipo-SD (Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst), police de sûreté et service de sûreté] le jour du déclenchement de l’opération Barbarossa, qui conduit à l’arrestation de près de 1 300 militants et sympathisants communistes. Il figure en quinzième place sur une liste établie par la police allemande de 30 Funktionäre, cadres ou permanents du PCF clandestin.

Le 12 juillet, il est transféré au camp de Compiègne. Entre fin avril et fin juin 1942, il est choisi avec plus d’un millier d’otages communistes ou désignés comme tels et une cinquantaine d’otages considérés comme juifs pour être déporté « vers l’Est » en représailles des actions armées de la résistance communiste. Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Le 8 juillet 1942, François Juvin est enregistré au camp d’Auschwitz-I sous le n° 45700.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont dirigés à pied au camp annexe de Birkenau, où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, à la suite de l’appel général et d’un bref interrogatoire – au cours duquel François Juvin se déclare comme cheminot (Eisenbahner) –, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des « 45 000 » à Birkenau –, François Juvin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal d’Auschwitz-I (Infirmerie). Là, il est assigné au Block 23 A. Le 21 juillet, il est admis au Revier d’Auschwitz [infirmerie], dans le Block 20, celui des maladies contagieuses. François Juvin meurt à Auschwitz le 8 août 1942, d’après les registres du camp ; un mois – jour pour jour – après l’arrivée de son convoi. L’acte de décès du camp indique pour cause – très probablement mensongère – de sa mort « entérite stomacale aiguë ».

La mention « Mort pour la France » est apposée sur son acte de décès et le titre de Déporté politique lui est attribué en 1954. Le nom de François Juvin est inscrit parmi les déportés sur la plaque « à la mémoire des agents SNCF Résistants, arrondissement de Nantes, 1939-1945 ».

Mémoire Vive

Photo : François Juvin. Photographie anthropométrique. Archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne / Association Mémoire Vive.

Sources : SNCF, 118 LM 120/11 ; 118 LM 108/1 ;SNCF, MIC 1956/4082 ; SHD DAVCC, 21 P 467309 ; Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, archives du bureau d’information sur les anciens prisonniers ; RM ; CGC ; Fondation pour la mémoire de la Déportation ; Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, 2005 ; DBMOF ; Death Books from Auschwitz, t. II, 1995.

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).