Mémoire

LE FOL Maurice

Né le 12 février 1899 à Gond-Pontouvre (Charente) Condamné à mort et fusillé le 4 juillet 1944 à Biard (Vienne). Ouvrier ajusteur, Maurice (Robert) Le Fol postule au chemin de fer en mars 1924. Sa candidature ayant été retenue, on le maintient dans le même emploi au dépôt de la Traction à Angoulême. Deux ans […]

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LE FOL Maurice

Né le 12 février 1899 à Gond-Pontouvre (Charente)
Condamné à mort et fusillé le 4 juillet 1944 à Biard (Vienne).

Ouvrier ajusteur, Maurice (Robert) Le Fol postule au chemin de fer en mars 1924. Sa candidature ayant été retenue, on le maintient dans le même emploi au dépôt de la Traction à Angoulême. Deux ans plus tôt, il a épousé Émilienne Pagis – elle décède en juillet 1939 alors que leur fils André est âgé de 16 ans. Affecté à Nantes en octobre 1928, nommé élève mécanicien en janvier 1931, Maurice Le Fol déménage à Saint-Nazaire pour prendre ses nouvelles fonctions de mécanicien de route [conducteur de train de grandes lignes]. Il revient à Nantes en juin 1936 et exerce au dépôt de Nantes-Sainte-Anne puis de Nantes-Blottereau (octobre 1938). Ce qu’on sait de ses engagements politiques tient en peu d’éléments, cependant avérés. En octobre 1922, il préside la séance au cours d’une réunion publique organisée par les fédérations confédérées et unitaires des cheminots à la Bourse du travail à Nantes. Les années suivantes, il milite à la CGTU et au parti communiste.

Il est donc connu de la police, situation fâcheuse alors que la dissolution des organisations communistes a été décrétée le 26 septembre 1939, suite à la signature du pacte germano-soviétique. Aussi Maurice Le Fol fait-il l’objet d’une étroite surveillance : la première perquisition de son domicile, le 7 décembre 1940, en est la preuve. Les policiers cherchent des traces de son éventuelle activité clandestine de militant. Berthelot, le secrétaire d’État aux transports et aux communications, s’inquiète aussi de la possible résurgence de l’activité communiste ; le 3 juillet 1941, il prescrit aux dirigeants de la SNCF de signaler les « agitateurs ». Le 10 juillet, le directeur de l’entreprise répercute les instructions auprès des directeurs d’Exploitation, les priant de bien vouloir « prendre les mesures nécessaires pour que les agents susceptibles de propager les théories communistes soient activement recherchés » et de faire recenser les agents suspects puis de les signaler au préfet.

Le 8 septembre 1941, les chefs des dépôts de Nantes-Mauves et de Nantes-Sainte-Anne adressent une liste de 12 noms au préfet, dont celui de Maurice Le Fol. L’enquête ne traîne pas. Le 20 septembre, un rapport de police indique : « Au début de cette année, Le Fol s’est livré à une propagande active au sujet des gens emprisonnés […]. Il raconte également que son fils, qui est à l’école Livet, fait toujours partie des Jeunesses communistes. Cet individu était déjà surveillé par mes services ».

Après l’invasion de l’URSS le 22 juin 1941, les communistes constituent un vivier tout désigné pour l’occupant dans sa pratique de la « politique des otages ». Selon la SNCF, Maurice Le Fol est incarcéré par les autorités allemandes le 22 ou 23 octobre 1941, « à l’occasion des démarches qu’il tentait pour faire libérer son fils précédemment arrêté. L’arrestation de M. Le Fol a été maintenue en raison de son activité politique antérieure (militant du parti SFIO [sic]) ». Toutefois, Maurice Le Fol est libéré de la maison d’arrêt de Nantes en décembre. D’après André Le Fol, membre du Front patriotique des étudiants, son père rejoint le Front national début 1943 avant de passer aux FTP en novembre. Le dossier de procédure de la justice militaire allemande indique qu’il organise la Résistance parmi les cheminots de Nantes en octobre 1943.

Son activité est multiple : rédaction, transport, distribution de tracts et de journaux clandestins (L’Humanité et L’Ouvrier syndical), fabrication de fausses pièces d’identité, recherche d’hébergement pour des clandestins. Se sentant repéré, Maurice Le Fol quitte son logis de la rue Stephenson à Nantes et son emploi pour se réfugier dans la clandestinité début février 1944 et se consacrer totalement à sa nouvelle mission sous le pseudonyme « Émile » : on vient de le nommer responsable politique des Deux-Sèvres, « commissaire aux effectifs » dans la terminologie FTP. Filé, dénoncé ou victime des aveux extorqués à un camarade, Maurice Le Fol est arrêté le 30 avril 1944 à Niort (Deux-Sèvres) par la brigade mobile de Poitiers au cours d’un rendez-vous avec son agent de liaison. Il est trouvé porteur d’un pistolet 7,65 mm et de tracts. Incarcéré à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers (Vienne), il est remis aux autorités allemandes.

Le 23 juin 1944, il comparaît avec quatre résistants communistes devant le tribunal militaire de la Feldkommandantur 677 de cette ville [commandement militaire de l’armée d’occupation], qui le condamne à mort pour intelligence avec l’ennemi et détention d’armes prohibées (Feindbegüngstigung und verbotenen Waffenbesitzes). Le 29 juin, le commandant militaire en France (MBF) confirme le jugement et le rend exécutoire, rejette tout pourvoi en grâce et ordonne la publicité de la sentence. Avant son exécution, le 4 juillet à 18 h 30 au camp de Biard, Maurice Le Fol a pu griffonner ce court billet : « à monsieur Le Fol Joseph, 16, rue Stephenson, Nantes. Je meurs en Français, le 4 juillet 1944, que mon fils vive et soit fier de son père. Je vous embrasse tous une dernière fois. Signé : Le Fol Maurice. » Son fils André a été arrêté en avril 1943 ; il survivra à la déportation à Buchenwald.

Maurice Le Fol obtient le titre d’Interné résistant le 18 août 1958.

Stéphane Robine

Photo : Maurice Le Fol. Archives familiales. Association Rail et Mémoire.

Sources : SNCF, 118 LM 109/2 ; 118 LM 120/1 ; 2001/001/ATDIV/612/37 ; SHD DAVCC, 21 P 474757 ; SHD, 28 P 8/55/35 ; AD Loire-Atlantique, 1 M 604 et 606, 1623 W 51 et 115, 1668 W 17 (transmis par Carlos Fernandez) ; RM ; CGC ; Guy Krivopissko (dir.), La Vie à en mourir, 2003 ; C. Pennetier, J.-P. Besse, T. Pouty et D. Leneveu (dir.), Les Fusillés, 2015

Extrait de l’ouvrage Les Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial (Paris, Perrin/Rails et histoire/SNCF, 2017).

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